Publié le 1 février 2019

Discours d'Annick GIRARDIN, ministre des outre-mer lors de ses vœux aux personnalités outre-mer, jeudi 31 janvier 2019

jeudi 31 janvier 2019, Annick GIRARDIN, ministre des outre-mer prononçait un discours de vœux aux personnalités outre-mer réunis au ministère.

 
Seul le prononcé fait foi
 
Madame la ministre, chère Muriel,
Mesdames et messieurs parlementaires, présidents d’exécutifs territoriaux et présidents d’assemblées territoriales,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs les préfets et hauts-commissaires,
Monsieur le délégué interministériel pour l’égalité des chances des français d’outre-mer,
Monsieur le directeur général des outre-mer,
Monsieur le général, commandant du service militaire adapté,
Mesdames et messieurs les représentants des institutions économiques et sociales,
Mesdames et messieurs les présidents et membres des associations,
Mesdames et messieurs les journalistes,
Chers amis,
 
C’est toujours un honneur de vous réunir à Oudinot pour cette cérémonie des vœux. Vous êtes les interlocuteurs, les partenaires, les relais privilégiés du ministère des outre-mer pour construire ensemble le rayonnement de la France des 3 Océans.
 
Et comme un symbole de ce rayonnement, nous avons le plaisir de recevoir ce soir Vaimalama CHAVES, Miss France 2019, accompagnée de sa première dauphine, Ophély MEZINO, miss Guadeloupe, et de madame Sylvie TELLIER, directrice générale de la société Miss France. Nous pouvons les applaudir !
 
 
Vous le savez, les défis sont grands pour cette année 2019. Une année que j’ai placée sous le signe de la transparence, de la transformation et de l’engagement.
 
La transparence sur l’action publique car la confiance est le socle de notre modèle démocratique et nos concitoyens l’exigent.
 
La transformation de nos territoires pour leur permettre de relever les défis démographiques, économiques et environnementaux du 21e siècle.
 
L’engagement de tous, du citoyen, de l’élu, des administrations. C’est tout l’objet du Grand débat national voulu par le président de la République. Ce Grand débat, c’est une expression novatrice, par sa profondeur, sa transparence et les méthodes que nous allons utiliser pour traiter les données.   
 
Mais permettez-moi de revenir sur 2018, une année de mobilisation inédite au service des outre-mer à plus d’un titre : multiplication des déplacements dans les territoires, prise en compte des spécificités ultramarines dans les lois, conduite des Assises, bonne tenue du référendum en Nouvelle-Calédonie… le réflexe outre-mer s’est incarné et la solidarité nationale a toujours été au rendez-vous :
A Saint-Martin et Saint-Barthélemy pour accompagner la reconstruction suite aux passages des ouragans dévastateurs.
En Guyane où 83% des mesures du Plan d’urgence sont réalisées.
 
A Mayotte avec la mise en œuvre des engagements de l’Etat pour l’amélioration de la vie quotidienne, autour du développement et de la sécurité.
 
Aux Antilles, avec les réponses apportées aux problématiques du chlordécone et des sargasses.
 
A la Réunion avec les engagements pris lors des récents mouvements sociaux. Des mesures qui sont pour certaines déjà en place : opération vérité sur les prix, compteur emploi, association des citoyens à l’Observatoire des prix… Je vais y revenir. Mais je refuse la tendance de certains observateurs à juger et critiquer hâtivement l’action de l’Etat sans prendre le temps de l’analyse. 
 
Que réclament les citoyens ? Clarté sur l’action de l’Etat, visibilité sur l’action des élus, demande de respect et de responsabilité… on ne peut plus conduire des politiques publiques sans rendre des comptes. Nos concitoyens ont besoin de comprendre nos décisions pour en juger l’efficacité.
C’est pourquoi j’ai demandé la création des sites internet Transparence pour permettre aux citoyens de suivre la mise en œuvre de nos politiques publiques. Certains sont déjà en place, à Mayotte, en Guyane, très prochainement à La Réunion, et le déploiement se poursuivra pour couvrir l’ensemble des territoires ultramarins.
 
Nos mesures ne doivent pas se limiter aux effets d’annonce, elles doivent se traduire concrètement dans le quotidien de nos concitoyens
 
C’est aussi pourquoi j’ai demandé à Louis-Charles VIOSSAT, ancien directeur de l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (ACOSS), de nous accompagner pour la mise en œuvre de la réforme des aides économiques outre-mer et de son impact sur le tissu des entreprises. M. VIOSSAT est également missionné pour la mise en place du compteur emploi, indicateur de suivi de l’efficacité des réformes sur la création d’emploi, priorité nationale. Nous présenterons les premiers résultats en juin prochain.
 
Avec Bruno LE MAIRE, nous avons nommé Francis AMAND délégué interministériel à la concurrence. M. AMAND mènera des études de terrain sur le coût de la vie. Il commence par La Réunion dans 15 jours. La lutte contre la vie chère en outre-mer, autre priorité nationale, doit être plus visible, plus incarnée, et c’est une véritable opération transparence sur les prix des biens de consommation courante qui est lancée
 
Dans la même logique, le délégué interministériel à la Pauvreté, Olivier NOBLECOURT est chargé du suivi et de la déclinaison ultramarine du Plan de lutte contre la pauvreté. Cela débute par La Réunion qui est d’ailleurs territoire démonstrateur de la stratégie nationale.   
 
La transparence, c’est aussi ouvrir au plus grand nombre les organes de décisions. Et c’est tout le sens de ma proposition d’impliquer les citoyens et les corps intermédiaires dans la conception et le suivi des politiques publiques. La confiance dans l’action publique, c’est ce qui permettra aux citoyens de participer pleinement à la transformation de leur territoire.
 
 
***
 
Nous n’avons pas attendu 2019 pour donner la parole aux ultramarins. L’année 2018 a marqué l’aboutissement des Assises des outre-mer : 25 000 participants aux consultations et ateliers, 2000 projets de développement. Soyons fiers de cette réussite. Les citoyens des outre-mer se sont déjà exprimés sur de nombreux sujets. Ils ont formulé des propositions et des projets qui se sont retrouvés dans le Livre Bleu, la feuille de route outre-mer du gouvernement sur le quinquennat.
 
Le Livre Bleu n’est pas un exercice intellectuel de dissertation dans les salons, c’est du concret !
  • Pour l’emploi avec 700 Millions d’euros mobilisés sur le quinquennat pour la formation professionnelle ; J’en profite d’ailleurs pour saluer chaleureusement Muriel PENICAUD, la ministre du Travail, qui a œuvré pour que la réforme nationale de la formation professionnelle soit adaptée aux spécificités ultramarines. Votre présence à ces vœux va bien au-delà du symbole. C’est la preuve de la mobilisation de tous les ministères pour la transformation des outre-mer.
  • Le Livre Bleu, pour l’économie, c’est un paquet de 2,6 Milliards d’euros d’aides qui sont repensées et stabilisées depuis le premier janvier ;
  • Pour la santé avec la création d’une centaine de poste de médecins supplémentaires, et un fonds santé spécifique pour lutter contre les addictions ;
  • Pour l’éducation avec notamment 6500 places de crèche supplémentaires ;
  • Pour les infrastructures essentielles avec 70 millions d’euros par an sur le plan eau DOM.
Et ce ne sont là que quelques exemples de la réalité du Livre Bleu sur les territoires. Certains sujets méritent peut-être des approfondissements : je pense notamment au pouvoir d’achat et à la question des relations entre l’Etat et nos collectivités, l’évolution des statuts, la différenciation
Des sujets qui doivent être, je crois, au cœur de ce Grand débat national. Cela tombe bien : demain, les maires ultramarins sont reçus à l’Elysée par le président de la République pour débattre et faire remonter les questions de leurs administrés.
A ce sujet, certains regrettent systématiquement que l’on donne la parole aux citoyens. Je crois qu’ils se trompent : la révolution de notre époque, c’est justement de pouvoir débattre en continu. Il n’y a pas d’un côté les ignorants et de l’autre les tenants du savoir.
A ceux qui critiquent les agoras, je souhaiterai simplement rappeler les grands sujets évoqués dans le Livre Bleu. Et je les invite à aller au bout de leur raisonnement en venant m’affirmer que ces sujets sont secondaires…
 
L’adaptation des constructions aux risques naturels majeurs, un nouveau souffle pour le logement, la fin des déserts médicaux, faciliter l’accès à l’éducation, multiplication des formations professionnelles… C’est tellement secondaire il est vrai. Pourquoi vouloir améliorer les conditions de vie dans les territoires ?
Mobiliser des moyens financiers appropriés, soutenir les collectivités dans leur rôle de moteur de développement, adapter le cadre juridique selon les spécificités des territoires, avec une Europe protectrice… Encore des sujets annexes qui ne méritent pas que l’on accompagne au mieux les territoires.
Mettre en valeur les atouts des territoires – biodiversité, tourisme, économie bleue dans le second espace maritime au monde… là encore, faire des outre-mer des territoires pionniers, ce serait faire fausse route.
 
Les outre-mer sont inscrits géographiquement dans les zones intertropicale et polaire avec Saint-Pierre-et-Miquelon et les Terres australes et antarctiques françaises. Deux zones qui concentrent tous les enjeux du 21e siècle : démographiques, environnementaux, sanitaires, agricoles, économiques.
Qui a bien pu avoir l’idée d’en faire des territoires d’innovation et de rayonnement dans leurs bassins maritimes ?
 
Restons dans l’inaction. L’immobilisme est tellement confortable. La France des trois océans n’est qu’un mirage.
 
Vous m’aurez compris, je me fais l’avocat du diable. Je ne suis pas sourde aux critiques, lorsqu’elles sont constructives. Le gouvernement est entièrement mobilisé pour la transformation des outre-mer. Pour preuve, sous la direction du Premier ministre, un conseil interministériel des outre-mer se tiendra en février. Le dernier CIOM remonte à 10 ans…
 
C’est bien pourquoi, en 2019, le ministère est tout entier consacré à la mise en œuvre du mode projet.
 
***
 
J’entends ceux qui regrettent que l’on ne présente les outre-mer uniquement que sous le prisme des crises ou d’une vision de carte postale. Je partage totalement leur point de vue.
 
Consciente des difficultés, je n’en demeure pas moins résolument optimiste pour les outre-mer. C’est le discours offensif que j’ai tenu au dernier sommet « Choose France » en vantant l’attractivité des territoires ultramarins aux investisseurs étrangers.
Les outre-mer peuvent être compétitifs, performants, c’est cette visibilité que j’appelle de mes vœux, notamment dans le traitement médiatique.
 
Nos territoires sont également les premiers témoins des défis et des déséquilibres qui menacent le monde. La mise en œuvre de nos politiques doit être rapide, mesurable, transparente, sinon nous allons décevoir nos concitoyens. Et ces déceptions sont toujours porteuses de menaces.
 
Parmi ces menaces, celle de la montée des populismes figure parmi les plus périlleuses. Dans les années 2000, les partis populistes recueillaient environ 5% des suffrages aux élections nationales en Europe. Aujourd’hui, c’est plus de 25 % !
 
Les prochaines élections européennes de mai sont un rendez-vous crucial pour réaffirmer l’idée d’Europe. Et les outre-mer ont clairement voix au chapitre. La mobilisation des électeurs ultramarins sur ce scrutin est indispensable. Parce que oui, l’Europe est plurielle, universelle, et grâce à la France des outre-mer, elle est planétaire.  
 
Derrière les termes techniques de Régions ultrapériphériques et de Pays et Territoires d’outre-mer, ce sont plus de 2,7 millions de nos concitoyens qui sont français ET européens.
 
L’utopie européenne dépasse les frontières. Et elle s’incarne dans des projets concrets : écoles, collèges, lycées, stations d’épuration, routes, ponts, ports, aéroports. L’Europe en outre-mer, ce sont aussi des filières agricoles et des entreprises performantes, des pôles d’innovation aux équipements de pointe.
Je renouvelle donc mon appel à la mobilisation sur ce scrutin en outre-mer. En 2014, l’abstention aux européennes en outre-mer montait à 83%... Les partis populistes ne sont même plus aux portes de la République, ils l’ont grande ouverte à coup d’idées nauséabondes. Montrons que l’Europe est métisse, multiculturelle, forte de toutes ses richesses et de ses peuples.
 
Autre menace, l’environnement. Et nous savons combien les outre-mer sont aux avant-postes des risques liés au changement climatique.
Le « jour du dépassement », lorsque l’humanité a dépensé l’ensemble des ressources que la terre peut régénérer en une année, intervient plus tôt chaque année. C’était le 30 septembre en 1998, le 1er août en 2018 et tout porte à croire que la Terre vivra à crédit en 2019 à compter du mois de juillet. Si la terre entière vivait avec les standards français, ce jour du dépassement interviendrait même en mai…
 
Il faut agir. Certains pensent qu’il est déjà trop tard. Je ne suis pas de cet avis, même si je partage pleinement le constat d’une apathie ambiante sur le sujet : les conférences se multiplient, des engagements sont pris par les nations, mais les oligarchies financières continuent à dicter leurs lois. La biodiversité est mise à mal par l’empreinte écologique de l’homme.
 
Vous connaissez mon investissement pour la concrétisation des accords de Paris en 2015La COP 21 a aboutit sur l’adoption des 17 objectifs de développement durable à l’horizon 2030. 17 objectifs qui répondent aux défis mondiaux auxquels l’humanité est confrontée : pauvreté, inégalités, changement climatique, dégradation de l’environnement, prospérité, paix et justice.
 
Mon ambition est connue pour les outre-mer : en faire des territoires pionniers dans l’atteinte des 17 ODD. Parce que par leur inscription géographique, leur insularité (hormis la Guyane), leur taille réduite, leur exposition aux ressources naturelles telles que le vent, le soleil, leur formidable biodiversité, les outre-mer disposent de tous les atouts nécessaires pour les accomplir, et ce avant l’hexagone !
 
Or ces 17 ODD recouvrent 169 cibles et je suis consciente de la difficulté à communiquer efficacement sur leur ensemble, à évaluer facilement leur atteinte, leur progression. Depuis le temps que je les évoque, je sais faire mon autocritique : personne ne les comprend !
 
Je suis une femme politique. Etre une femme politique, c’est avoir une ambition, mais c’est aussi savoir transmettre ses idées. C’est pourquoi j’ai décidé de réadapter ces ODD aux outre-mer, autour de 5 objectifs. Et je suis fière de vous présenter la « Trajectoire outre-mer 5.0 ».
Je parle de trajectoire, car l’idée est d’accompagner les territoires et les projets à atteindre cette ambition. C’est un projet collaboratif en «  point zéro », pas une idée parisienne qui s’impose.
 
Et puis je le disais, nous ne pouvons pas être dans le monde du « toujours plus », certains m’avaient critiquée quand je parlais de frugalité, mais je crois que notre monde, celui du 21e siècle, celui que l’on laissera à nos enfants, sera celui du moins, et du mieux.
Il ne faut plus tirer sur la corde ! La Planète est à bout.
 
Admirons le zéro !
 
5 objectifs donc :
  • Zéro déchets, pour des sociétés économes, préservatrices des ressources. Cela impose de repenser nos importations, d’envisager les circuits courts, de changer de modèle de gestion des déchets. Nos territoires en débordent, c’est le moment d’agir ! 
  • Zéro carbone, en intégrant davantage d’énergies renouvelables dans leur mix énergétique ; Cela pose la question de l’électricité évidemment, et certains territoires comme la Guyane pourraient atteindre cet objectif avant 2023, si nous en avons tous la volonté ! Cela pose aussi la question des déplacements, des expérimentations, des véhicules électriques et je remercie Thierry DAHAN pour son étude passionnante sur le sujet. Là encore, le chemin existe, à nous d’en avoir la volonté !
  •  Zéro intrants chimiques, pour des populations protégées des substances chimiques dans leur quotidien. C’est énorme, je le sais ! Mais cela impose un nouveau modèle agricole, d’une complexité inouïe en zone intertropicale où il n’y a pas d’hiver pour jouer le rôle de vide sanitaire, et ou les espèces invasives étouffent les cultures. Mais quoi ? Vous pensez qu’on ne peut pas y arriver ? Quand je vois les progrès de la Banane Française sur ces points, je sais que nous pouvons. Ayons cette ambition !
  • Zéro exclusion, pour des sociétés inclusives et luttant contre toutes formes de discrimination et d’inégalité. Mais aussi parce que zéro déchet, zéro carbone, zéro intrant chimique impose plus de main d’œuvre. Cela impose un nouveau modèle de société. Je l’appelle de mes vœux et nous y travaillons avec nos collègues. Rendons le travail plus rémunérateur que l’inactivité et nous verrons des emplois se créer dans les centres de tri, dans les énergies renouvelables, dans nos champs. La réforme des exonérations de charges que j’ai conduite va dans ce sens. 
  • Et enfin Zéro vulnérabilité, car je souhaite que nos outre-mer soient des territoires résilients face au changement climatique et aux risques naturels qui en découlent.
Trajectoire outre-mer 5.0, ce n’est pas une nouvelle lubie, un nouvel outil, une nouvelle annonce, après les Assises, le Livre Bleu, le Grand Débat.
Trajectoire outre-mer 5.0, c’est la déclinaison opérationnelle du Livre Bleu. C’est notre vision pour les outre-mer !
Trajectoire outre-mer 5.0, c’est l’organisation visible et pragmatique des travaux des Assises.
Trajectoire outre-mer 5.0, c’est permettre à la fois de répondre aux besoins urgents et de préparer l’avenir avec la transition écologique.
Trajectoire outre-mer 5.0, c’est aussi un moyen de réaffirmer les priorités politiques du président de la République et du Gouvernement pour les outre-mer. Nous allons le construire ensemble, nous allons le porter ensemble, nous allons le faire vivre ensemble. Nos dispositifs d’accompagnement vont s’orienter exclusivement vers ces objectifs, car ce que nous voulons, c’est une transformation !
 
Car au fond, Trajectoire outre-mer 5.0, c’est l’opportunité de faire de nos territoires des territoires exemplaires et de développer des savoir faire exportables dans toutes les îles du monde !
Je veux que nos territoires soient vus comme des territoires de conquête, je l’ai dit dans le livre bleu, des territoires pionniers.
 
***
 
Vous l’aurez compris, plus que des vœux, ce sont des engagements concrets que je prends pour les territoires et les citoyens de la France des 3 océans.
Je sais pouvoir compter sur votre mobilisation. J’ai été longue, mais je ne partirai pas sans prendre le temps de vous souhaiter, à toutes et à tous une excellente année 2019.
Je vous remercie. 
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