Publié le 23 mai 2017

23 mai 2017 >Discours d'hommage aux victimes de l'esclavage colonial

Place du Panthéon à Paris, Annick Girardin, ministre des Outre-mer est intervenue à l'occasion de l'inauguration d'une exposition consacrée à la fondation de l’État-civil des esclaves libérés par le décret d’abolition de 1848.

Seul le prononcé fait foi
  • Monsieur Georges HADDAD, Président de l'université Paris 1
  • Monsieur Guillaume LEYTE, Président de l'université Paris 2,
  • Monsieur le délégué Interministériel à l’égalité des chances des Français d’Outre mer, cher Jean-Marc MORMECK
  • Monsieur Frédéric REGENT, Président du comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage,
  • Mesdames, Messieurs,
  • Chers étudiants,

 

Je vous remercie chaleureusement de m’avoir invitée ce matin pour inaugurer en cette Cour du Panthéon cette exposition simple, solennelle, mais si symbolique en cette journée du 23 mai.
 
Aujourd’hui, deux semaines après la journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, nous célébrons la mémoire des victimes de l’esclavage.
 
Nous célébrons la mémoire de ces hommes et de ces femmes, dont les noms sont inscrits tout autour de vous, et qui sont devenus citoyens en 1848. Ce passage du statut d’esclave à celui de citoyen, avec les prérogatives qui y sont associées, témoigne de la volonté de la République de reconnaitre à ces hommes et à ces femmes les mêmes droits que les autres. La France leur permet ainsi, alors qu’ils ont accédé à la liberté, de disposer des mêmes droits que les autres citoyens à travers l’État civil
 
Je tiens à remercier les présidents des universités  Paris I et Paris II d’avoir installé cette exposition si près du Panthéon, lieu qui célèbre la mémoire des français illustres, et au milieu de notre jeunesse, afin que les générations futures se souviennent de l’histoire de ces esclaves libérés, devenus citoyens à part entière.
L'exposition inaugurée aujourd'hui revient sur une dimension sans doute méconnue de l'abolition. En effet dans les habitations, les esclaves n'étaient connus que par un prénom : prénom conservé d'avant la réduction en esclavage ou prénom de baptême. Les noms de famille n'existaient pas. Au mieux pour différencier des personnes portant le même prénom un surnom était ajouté.
En 1848, avec l'abolition de l'esclavage c'est donc tout un processus d'état civil qui se met en place et garantit ainsi l’accès aux droits fondamentaux. Parallèlement à l'inscription sur les listes électorales, les officiers d'état civil doivent attribuer des noms aux nouveaux citoyens. Ce processus a été conduit dans des conditions qui sont aujourd'hui documentées grâce au travail remarquable des historiens. Cette exposition nous présente à travers ces tableaux réalisés par le CM 98 ce fait fondateur pour un individu : l'attribution d'un patronyme qui va constituer la base d'une filiation. Cette filiation va permettre à ces anciens esclaves, privés si longtemps de l’accès à leur histoire, de construire pour l’avenir une identité qui sera transmise aux générations futures.
C'est la commission Schoelcher qui a organisé ce processus d'attribution des patronymes. Des règles ont été fixées. Cette exposition permet de voir la manière dont la règle a été déclinée d'un territoire à l'autre. Les noms patronymiques ont été composés à partir d'anagramme, en fonction de l'histoire et de la géographie, en reprenant un prénom ou un surnom, ... Si ce sont toujours les mêmes principes qui guident l'officier d'état civil, de nombreuses variantes ont été introduites en fonction de sa culture, de son origine voire de son humeur.
Ces patronymes, les anciens esclaves se les sont appropriés et c'est avec qu'ils sont rentrés dans la citoyenneté française.
Ce travail de mémoire est remarquable et s’inscrit dans l’ensemble des projets mis en œuvre pour faire connaître ce pan de notre histoire. J’y suis très attachée.
 
C’est à ce titre que j'ai tenu à être présente le vendredi 19 mai dernier à l'assemblée générale constitutive de Groupement d'intérêt public "Mission de la mémoire de l'esclavage, des traites et de leurs abolitions".
L'objectif du GIP est de créer d'ici le 170ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage, le 27 avril 2018, la fondation pour la mémoire de l'esclavage, des traites et de leurs abolitions. Cette fondation, présidée par Jean-Marc AYRAULT, ouverte sur le monde et réunissant les représentants de l'Etat, des partenaires publics et privés et la société civile, aura pour but de fédérer les acteurs de la mémoire de l'esclavage dans l'hexagone comme dans les outre-mer. Je suis convaincue que ce travail aura sa place dans les travaux du GIP. Il pourra les mettre en valeur. Ainsi, nous réussirons ensemble à porter ce travail de mémoire indispensable pour faire connaitre davantage les aspects encore méconnus de l’histoire de nos outre-mer, et construire ainsi pour l’avenir les bases d’une société apaisée et fraternelle dans toute sa diversité, qui contribue à notre identité française plurielle et riche de ses différences.
 
Je vous remercie.
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